Antonio de la GANDARA

Artiste peintre français

 

 

 

 

Ø      Famille : . père : Antonio Cristino de la Gandara, sujet espagnol, né au Mexique

                            . mère: Louise Marie Mayer Thompson, française, née en Angleterre

                            . deux frères : Edouard, antiquaire, 25 quai Voltaire à Paris (1862-1944)

                                                  Emmanuel, sculpteur animalier (1870-1938)

                            . trois enfants : Raymonde, Antonia, Florise

 

 

Ø      Chronologie :

 

 

16 décembre 1861      : naissance à Paris, 75 rue Taitbout, 9ème arrondissement

 

19 mars 1878              : admission à l'Ecole Nationale et Spéciale des Beaux-Arts de Paris

                                      Gérôme, Boutard et Cabanel sont ses professeurs

 

1882                             : Gandara débute au Salon de la Société des Artistes Français avec un

  Portrait de Melle Dufresne – la même année, il expose Saint-

  Sébastien percé de Flèches au Salon des Champs-Elysées

 

1883                             : participation au "Salon des Incohérents" organisé par Jules Lévy

 

1885                             : rencontre avec le Comte Robert de Montesquiou qui commande un

  portrait de son secrétaire Yturri terminé en 1886 (Musée d'Orsay)

 

1886-90                       : Gandara fréquente les milieux artistiques et le cabaret le "Chat

  Noir" de Rodolphe Salis

 

1891                             : Gandara est remarqué par James McNeill Whistler au Salon du

              Champ de Mars

 

1892                             : James McNeill Whistler s'installe dans le studio de La Gandara à

  Paris pour y peindre son portrait de Robert de Montesquiou (Frick

  Collections – New York) – Gandara lui-même peint un Portrait de

  Montesquiou tenant un scarabée (Musée d'Azay-le-Ferron) –  il

  termine aussi un Portrait de la comtesse Albertine de

  Montebello (exposé au Salon de la Société Nationale des Beaux-

  Arts la même année) – le Prince de Polignac marque son

  enthousiasme pour le Portrait de la comtesse Greffulhe par

  Gandara – celui-ci entame également le Portrait de Madame

  Gautreau (aujourd'hui chez les héritiers de celle-ci aux Etats-Unis)

1893                             : Marcel Proust dans "Jean Santeuil" décrit le portrait du héros par La

  Gandara – Durand-Ruel expose 55 œuvres de Gandara à Paris – au

  4ème Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts, Gandara offre au  

  public trois tableaux qui inspireront "Sonyeuse" et un chapitre de

  "Sensations et Souvenirs" à Jean Lorrain : La Dame en Vert, La

  Petite Fille en Jaune (coll. privée, Bruxelles), La Dame en Noir

 

1894                             : Antonio de la Gandara devient "Caballero de la Real Orden de

  Isabel la Catolica" – il expose plusieurs Natures Mortes et

  un Portrait de la princesse de Chimay au Salon de la Société

  Nationale des Beaux-Arts – participation au "Grenier" d'Edmond

  de Goncourt – Emile Verhaeren rapproche l'œuvre de La Gandara

  de celle de Whistler

 

1895                             : Chevalier de la Légion d'Honneur - Portrait de Sarah Bernhardt

  Jean Lorrain dédicace "Les Contes"  à Antonio de la Gandara qui

  termine les lithographies Femme assise et Etude de Femme

  (National Gallery of Art, Washington D.C.) et Tête de Femme

  (collection privée, Bruxelles) – expose au Salon du

  Champ de Mars plusieurs Natures Mortes, Un escalier du

  Luxembourg, Statue de Diane sur un Ciel bleu, La Course

  d'Atalante, Portrait de Paul Verlaine – Gandara et son épouse se

  séparent – visite à Vienne – Anatole France est un familier de

  l'atelier Gandara

 

1896                             : Edouard de la Gandara accompagne Sarah Bernhardt aux Etats-

  Unis – Antonio de la Gandara expose à la "Internationale Kunst-

  Ausstellung" de Berlin, et à la "Secession" de Munich – Portrait de

  Verlaine assis (lithographie - collection privée, Bruxelles) –

   participation au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts –

   Portrait de Mme Beer

 

1897                             : Gandara propose plusieurs toiles, pastels et dessins à la 5ème

    Exposition de Bruxelles, dont Etude en bleu, Etude en gris,

  Portrait de M. Edouard Conte, Un coin des Tuileries – dessin

  d'Alphonse Daudet sur son lit de mort – exposition chez Durand-

  Ruel à New York

 

1898                             : voyage à New York et Boston avec Tissot – exposition à Vienne

 

1899                             : Antonio de la Gandara expose plusieurs œuvres au Champ de Mars,

  dont La Colonne du Luxembourg, Portrait de paysan, Portrait

  de Paysanne (collection privée, Bruxelles),  Portrait

  de Mme Rémy Salvator, Portrait de la princesse de Caraman-

  Chimay, Nature Morte – Anna de Noailles pose pour Gandara

   dans son atelier 22 rue Monsieur-le-Prince à Paris – Gandara

   expose à Vienne – Médaille de Bronze du Salon de la Société

   Nationale des Beaux-Arts

1900                             : Gandara obtient la Médaille d'Or à l'Exposition de Munich –

  Médaille d'Argent de l'Exposition Universelle de Paris où il expose,

  entre autres, Portrait de la comtesse Matthieu de Noailles, La

  Dame en Rose, Portrait de la princesse de Caraman-Chimay

  Gandara peint un Portrait d'Ida Rubinstein (collection privée,

  Paris)

 

1901                             : onzième Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts où Gandara

  montre son Portrait de la grande-duchesse de Mecklembourg,

  et Portrait de Paul Escudier, Portrait de Melle Morlay, Jeune

  Femme endormie, Une jeune femme et une vieille femme

  dans un parc – "La Plume" consacre une édition spéciale à

  Antonio de la Gandara – exposition à Dresde – Portrait de

  Romaine Brooks

 

1902                             : exposition à Barcelone et à Munich – au Salon de la Société des

  Beaux-Arts à Paris Gandara montre, entre autres, Le jeu de cache-

  cache, Le bassin du jardin du Luxembourg, Etudes au

  Luxembourg

 

1903                             : Hachette consacre une édition spéciale de la série "Les Chefs-

  d'œuvres des Grands Maîtres" à Antonio de la Gandara -

  le Portrait d'Eva-Christiane de Hermaines (collection privée,

  Bruxelles) illustre "Les Danaides" de Camille Mauclair – Gandara

  termine le Portrait de Liane de Pougy  il accueille

  Federico Brandt dans son atelier – ouverture de l'académie de

   peinture Antonio de la Gandara

 

1904                             : l'artiste expose Entre chien et loup, Etude dans un parc,

                                      Portrait de Jean Lorrain, et Portrait de Mme de la G. parmi

  d'autres œuvres au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts –

  exposition à Düsseldorf –  exposition à la Galerie Georges 

  Petit à Paris

 

1905                             : Portrait de Melle Polaire, Vues du Luxembours et Portrait de

  Mme G. sont exposés au Salon de la Société des Beaux-Arts à      

  Paris - Montesquiou rend hommage à Gandara dans 

  "Professionnelles Beautés"

 

1906                             : Gandara expose à Munich – Marcel Fouquier cite plusieurs œuvres

  de La Gandara dans son livre "Les principaux portraits exécutés par

  les Grands Maîtres de l'époque contemporaine"

 

1907                             : André Rouveyre caricaturise son ami Antonio dans "Carcasses

  divines" – au Salon de la Société des Beaux-Arts, Gandara propose

  Portrait de Mme Gabriele d'Annunzio – Portrait du comte

  Anne-Jules de Noailles, et des vues du Jardin du Luxembourg –

  exposition à Bagatelle – exposition à la Galerie Georges Petit à Paris

 

1908                             : Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts où Gandara expose

 Portrait de Madame Renée Nagelmakers,  et le Portrait de

 Mademoiselle Dolley – Jacques-Emile Blanche admire Gandara

 dans "La Grande Revue" – le recueil "La Morale des Lignes" de

  Mecislas Goldberg est illustré d'un portrait de l'auteur par Gandara

 

1909                             : Gandara épouse Charlotte Juliette St André en secondes noces – il

  expose au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts La Statue

  de Madame de Montpensier, Vue du Luxembourg, Parc de

  Saint-Cloud, et peut-être un Auto-portrait – Colette et Gandara se

  voient souvent – "Je sais Tout" consacre un long article au peintre

 

1910                             : participation au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts – le

  critique britannique Pierre Decourcelle ajoute le nom d'Antonio de

  la Gandara à ceux de Velasquez, Gainsborough et Whistler –

  Gandara sert de témoin au testament de Jean Moréas, malade, dont

  il a fait le portrait

 

1911                              : l'artiste obtient la "Medalla de la Clase" à l' Exposition

Internationale de Barcelone – il expose à Paris – promotion au   

grade d'Officier de la Légion d'Honneur – les œuvres de Gandara font la couverture de plusieurs journaux

 

1912                             : exposition au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts,

  notamment de Portrait de Lina Cavalieri, Portrait de mon frère,

  Les Tuileries

 

1913                             : Don Quichotte, Notre-Dame, Place de la Concorde, Le Palais

  de Justice, La Place des Victoires sont montrés au Salon de la

  Société Nationale des Beaux-Arts – "Lecture pour Tous" consacre

  un long article à Antonio de la Gandara qui se rend à  

  Bruxelles

 

1914 - 1916                   : expose à Paris Portrait de Melle Jeanne Renouard, La

  Statue d'Apollon à Versailles, Le Luxembourg (étude)

  Gandara offre un tableau à l'œuvre du Soldat dans la tranchée

 

30 juin 1917                 : Antonio de la Gandara meurt d'une crise cardiaque dans son atelier

  de la rue Monsieur-le-Prince. Les obsèques auront lieu le 2 juillet à

  Saint-Sulpice, et l'inhumation au cimetière du Père Lachaise

 

 

 

 

 

 

Ø      La mort de Gandara :

 

Michel Georges-Michel, Peintres et Sculpteurs que j'ai connus – 1942

 

" (...) Un autre dimanche, Marcelle Meyer jouait chez moi une oeuvre nouvelle de Falla devant Diaghilew, Fokine, Karsavina, Picasso, Massine.

Apollinaire entre, avec Rouveyre. Et celui-ci me dit :

- La Gandara a cassé sa pipe !

Il souffrait d’une maladie de coeur que les soucis de la guerre avaient aggravée. Il avait recueilli un camarade chez lui.

Celui-ci l’avait vu rentrer, très pâle, à l’atelier.

- J’ai tenu à venir, dit La Gandara. J’attends un modèle. Mais je suis passé chez le médecin. Imagine toi, je ne dois plus manger de viande. Je ne dois boire que de l’eau ..., de l’eau ...

Et il s’affaissa. A peine son ami eut-il le temps de l’empêcher de glisser à terre. Il étendit le peintre mort sur le divan de l’atelier.

A ce moment, le modèle arriva - Magdeleine Chaumont - les bras débordants de fleurs. Elle en couronna celui qu’Edmond de Goncourt avait nommé le ‘peintre-gentilhomme’..."

 

 

 

Ø      Hommage à Antonio de la Gandara :

 

William Ritter, Figure d'Artiste – Antonio de la Gandara – 1917

 

“Il n'y a plus aujourd'hui partout que douleur et angoisse sous les formes les plus noires. Atrocité‚ laideur et nouveauté‚ dans ces laideurs et atrocités c'est le pain quotidien.

 L'enfer envahit la terre et s'enrichit de cercles nouveaux. Et nul besoin qu'ils attendent, ces cercles, un Dante pour que nos imaginations en demeurent frappées le reste de notre existence; le moindre livre de soldat, une page la première venue de n'importe quel journal même de province nous les évoquent suffisamment et notre vie n'est plus qu'un continuel cauchemar.

 Et cependant rien qui rende plus douloureusement, plus directement sensible à l'intellectuel l'horreur des temps que nous vivons, sinon cette indifférence avec laquelle assistent Paris, Vienne ou Rome, à la disparition d'êtres lumineux jadis entourés d'admiration et d'amour, et qui laissaient derrière eux, dans la paix d'autrefois, un sillage de beauté. Autrefois le navrement de ces morts était salutaire à nos âmes et fécond par l'exemple. Il comportait une telle consolation! On avait le droit de pleurer, la possibilité de se recueillir devant l'oeuvre achevée, d'en méditer les enseignements, de contempler en son entier terrestre le jeu d'un caractère et d'une énergie.

 

 Antonio de la Gandara est mort à Paris, dans son appartement de la rue Monsieur le Prince le 1er juillet, sans trouver une seule revue d'art qui enregistre son décès et sans que je sois bien sûr que nos gazettes aient daigné‚ l'annoncer. Des revues d'art, il y en a bien encore quelques-unes, même en France; mais elles consacrent leurs numéros spéciaux aux saccages de la guerre. Il en est même né une nouvelle l'autre jour, mais celle-là d'une tendance telle que ce noble artiste lui soit indifférent. Si l'on veut réussir aujourd'hui, il n'y en a plus que pour la portée de Gauguin, Cézanne et Van Gogh.

 

 Antonio de la Gandara, artiste que l'on a qualifié de mondain parce qu'il fut peintre du grand monde, c'est vrai - mais il le fut de l'intellectuel peut-être tout autant - était en réalité un maître réfléchi, profond et silencieux dont l'art fait honneur à notre époque à la façon de celui des vraiment grands. Et il fait honneur encore à ses trois patries, car M. de la Gandara était né à Paris, en 1862, d'un père espagnol et d'une mère anglaise et chacun de ses portraits participe, peut-on dire, aux modalités de la suprême élégance et du grand goût dans ces trois patries du goût et de l'élégance. Ses oeuvres capitales, celles que l'on cite toujours, l'Homme à la canne  (Robert de Montesquiou), Jean Moréas, André Rouveyre, Leconte de Lisle, Paul Verlaine, Jean Lorrain, la danseuse Ida Rubinstein, M. Escudier, le prince de Sagan, puis l'imposante série des plus belles mondaines de notre temps, la comtesse Greffulhe, la princesse de Chimay, la comtesse de Montebello, Mme de Noailles, ne seraient point telles si le livre du chevet de ce véritable poète de la femme n'avait été Don Quichotte; s'il n'avait voulu demeurer toute sa vie fidèle à son quartier du Luxembourg où il avait fréquenté avec prédilection les meilleurs poètes de la fin du XIXme siècle et s'il n'avait associé à son goût de la bonne société, de la bonne tenue à l'anglaise, celui des maîtres portraitistes anglais de Reynolds à Sargent et à Whistler, que nous nous permettrons de compter pour tel, bien qu'américain.

 

 Le grand charme personnel d'Antonio de la Gandara, tel que je l'ai connu l'hiver 1892-93, résidait avant tout en sa tranquille beauté de race, elle même faite d'un si heureux croisement de races; dans le calme et pour ainsi dire la chasteté de ses manières; dans cette distinction innée qui ne se permet ni un geste, ni un sourire, ni un mot de trop. Et encore et surtout, il faut y revenir dans ce calme souverain. Il fallait voir minauder devant lui cette grande coquette de Bojidar Karageorgevitch pour saisir la qualité de ce calme, l'intensité de ce silence, qui pourtant parlait - et avec grand charme - et n'affectait jamais d'être le silence. Ce bel artiste était lui-même tranquille comme un portrait, un portrait de fils de grand d'Espagne. Lent et harmonieux de gestes et de proportions. Une régularité méridionale des traits, le teint mat et comme inaltérable - car cet homme savait n'avoir jamais à rougir, ni à se fâcher - avec de grands yeux où le bleu atteignait le maximum de profondeur, des yeux bleus qui étaient à d'autres yeux bleus ce que des yeux noirs sont à des yeux bruns. Une fine petite moustache noire avait la virginité et la douceur des sourcils droits. La profondeur de l'océan anglais était dans ces yeux; tout le reste appartenait à l'Espagne. Et l'aisance française accompagnait ce silence et cette réserve intelligente. Il avait tout ce qu'il eut fallu à un autre pour être hautain. Sa grande aristocratie consistait à être tout à fait dénué de cette hauteur. Il n'en inspirait que plus de respect à l'amitié. Et son amitié était sûre comme étaient ressemblants ses portraits. Il pensait bien, il pensait noblement et il se savait assez propre pour être tout à fait dépourvu de préjugés à l'égard des pires mauvaises réputations. Il était au-dessus de tous les qu'en dira-t-on. Fréquenter Verlaine semblait à ce seigneur, si jeune et si beau, au moins aussi honorable que de tracer d'un fusain qui n'avait pas besoin de recherches d'élégances, puisqu'il n'eut su faire autrement que d'être élégant le ruban de satin noir dont M. de Sagan attachait son lorgnon, "sa gance". Mon Dieu! L'accent de ces choses aujourd'hui!!

 

 Plus distant que Helleu, dépourvu de tout snobisme à la Jacques Emile Blanche, d'un autre raffinement que Lavery, dénué de la brutalité de Sargent mais avec des dons de mise en scène bien plus impressionnants et discrets, pénétrant parfois la psychologie de son modèle par irradiation divinatoire à la Carrière, inventeur de lignes rares à la Boldini, aussi perverses parfois, mais non rosses, impassiblement perverses quant à lui, Gandara, mais parce qu'il les démêlait dans le caractère et l'allure du modèle; souvent parfait autant que Whistler dans l'ambiance et ce que j'appellerai la pudeur de la couleur, il fut certainement l'un des portraitistes dont le témoignage complétera le plus lorsqu'il s'agira, dans un siècle ou deux de se représenter l'allure, la manière d'être, le port de l'élite intellectuelle et sociale du Paris de la troisième République.

 

 Et c'est ici qu'on pourra étudier le mérite de rester fidèle à celles-ci au moins des expresses conditions de l'art du portrait. D'abord faire ressemblant; démêler le caractère le plus secret, la dominante occulte si l'on veut de la ressemblance; faire ressemblant non point par la matière, mais par la ligne devenue expression de l'être. Il y a de grandes affinités entre la musique de Fauré et l'émotion contenue, la ligne révélatrice et voluptueusement, plastiquement psychologique de la Gandara. tout est dit de ce qui est décisif; tout l'inutile, l'encombrant est rejet, non pas même après choix laborieux, mais par le libre jeu de distinction naturelle.

 

 Deuxièmement. Que le modèle soit gras ou bourgeois comme Leconte de Lisle, débraillé comme Verlaine, adorablement svelte et élancé comme la comtesse Greffuhle, beauté des beautés de ce temps-là, beauté élevée à son état de vertu presque surnaturelle, la distinction de la vision et de la main qui la traduit, restent la même. Si l'on comparaît le portrait de Leconte de Lisle par Blanche et celui de la Gandara, l'un n'était que le Bibliothécaire du Luxembourg et l'autre était le penseur impassible et parnassien. Et cependant - détail comique et typique, - M. Blanche avait exigé que le poète endossât une fourrure. Leconte de Lisle ne s'y était prêté que malgré lui et vit au reste sa docilité récompensée par ce horion d'un journaliste du temps:  "Comme c'est bien là l'image de ce poète orgueilleux qui va jusques-à... porter des fourrures en été!" Devant le portrait de la Gandara on se disait simplement: voilà l'homme qui a écrit les Poèmes antiques.

 

Troisièmement. Que l'oeuvre soit aussi ressemblante à l'artiste qu'au modèle et, du même coup, manifeste avec ces hommes d'un temps l'un ou l'autre des caractères essentiels de ce temps  M. de la Gandara savait rendre des points à Gainsborough et à Chardin tout à la fois. Il laisse des natures mortes, des éclairages de Paris nocturne, angles de Louvre sous la lumière électrique qui suffiraient à nous être garants de ses dons de peintre. Mais avoir vu et avoir aimé ces choses, c'est au moins aussi significatif que d'avoir été le seul portraitiste vraiment définitif du poète des Hortensias bleus  et des Perles noires, et il l'est encore plus qu'il lui ait servi pour l'une et pour l'autre des deux faces de sa noble activité que l'autre eut existé... Il avait le goût de n'adjoindre à ses portraits qu'un ou deux détails, mais que ce détail fut exquis: une main sur une serrure et cette serrure, c'était tout le vieux Paris; un angle de moulure derrière une tête, mais cette moulure suffisait à restituer l'ambiance aristocratique du personnage."

 

 

Ø      Cimetière du Père Lachaise :

 

Antonio de la Gandara repose au Cimetière du Père Lachaise à Paris, non loin d'Anna de Noailles. Dans la chapelle funéraire se trouve cette épitaphe de l’écrivain Henri Lavedan (1859-1940 - membre de l’Académie Française) :

 

Ceux qui l’ont connu et aimé garderont en eux “peint magnifiquement par lui-même” son souvenir.

 

 

Ø       Quelques oeuvres principales :

 

§         Portrait de Madame Gabriele d'Annunzio

§         Portrait de la Comtesse Matthieu de Noailles

§         Portrait de Verlaine assis

§         La Dame en Vert

§         Portrait d'Eva-Christiane de Hermaines

§         La Petite Fille en Jaune

§         Don Quichotte

§         Portrait du Comte Robert de Montesquiou tenant un scarabée

§         Portrait de Madame Gautreau

§         Portrait de Sarah Bernhardt

§         Portrait de Jean Lorrain

§         Portrait de Leconte de Lisle

§         La Place de la Concorde

§         Portrait de Paysanne

§         Portrait de Rodolphe Salis

§         Saint-Sébastien percé de Flèches

§         Portrait de Gabriel de Yturri

§         Portrait de la princesse de Caraman-Chimay

§         Portrait du Prince de Polignac

§         Portrait de Romaine Brooks

§         Jeu de cache-cache

§         Portrait de Liane de Pougy

§         Portrait de la comtesse Jean de Montebello

§         Portrait d'Ida Rubinstein

§         Portrait de Mme Rémy Salvator

§         Portrait du comte Anne-Jules de Noailles

§         Portrait de mon frère

§         La Statue d'Apollon